Les poubelles semblaient désespérément pauvres ce jour-là. Vides et soigneusement récurées par les éboueurs de la municipalité, ces gros récipients, d’habitude infects, nauséabonds et peuplés d’asticots en transe, scintillaient au soleil. Après avoir examiné de près le contenu de huit poubelles, il marqua sa déception en maudissant du fond du cœur ces éboueurs sans cœur qui l’empêchaient de jouir librement de son métier. Non, il ne pouvait pas perdre aussi bêtement six mille francs ! Le cœur battant, les mains tremblantes, il furetait partout de ses yeux affaiblis par une soixantaine d’années de vie sur terre, n’épargnant aucun coin et recoin des rues décidément très propres en ce matin. Il se rappela aussitôt que le quartier des cadres lui avait toujours souri. Dans les poubelles riches de ce quartier habité par des hommes nantis, il ramassait de très belles robes coûteuses que les propriétaires n’avaient jamais portées et qui se retrouvaient par caprice, un matin, dans des fourre-tout, mêlées aux résidus de cuisine.

Lottin Wekape, Chasse à l’étranger, « Le Brocanteur », 2008.

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